Lundi 28 mai 2012
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05:40
Styliv devrait être très fatigué depuis tout ce temps qu’il marche seul et qu’à chaque pas un nouveau mot, une
phrase neuve, une pensée chaque fois plus unique, plus belle ou plus bizarre l’envahit…
Pourtant Styliv avance toujours, aussi léger que le chant d’une flûte. Car, même s’il ne semble pas parler, tous reconnaissent le son de sa voix : c’est celle du silence pour qui sait
écouter ; celle des soirs d’isolement dans la chambre d’enfance ; la voix de l’été sur le sable et la détente de l’été ; la voix aussi de la poésie qui se moque des frontières, des barbelés, des
clameurs guerrières et de la haine ; c’est la voix qui convertit la solitude et la douleur obscure en musique des mots, le cri des prisons en pays des rêves et des couleurs.
Pour cela, Styliv n’a pas plus besoin de drogues que de boissons empoisonnées ; non, juste d’une page amie pour recueillir et donner !
De ces nourritures-là Styliv n’est jamais en manque !
Styliv marche depuis que l’Homme s’est mis debout et ses pas tour à tour posent ou prennent l’encre sur les feuilles du chemin. Pour celui-là qui avance, qu’importe ou mène la route ou le
sentier, qu’importe s’il faudra ou non un jour revenir puisque marcher n’a de sens que par le bord du chemin : là où il se posera pour l’échange, pour chanter la liberté, la ferveur de vivre,
pour caresser le sable neuf ou le roc éternel, pour s’émerveiller de la poussière qui voyage sur la lumière, pour cueillir la musique d’un seul sourire, pour marcher au bord de l’océan comme pour
tremper sa main sous la source des pères.
De ce plaisir-là Styliv n’est jamais en manque.
Par Serge Prioul
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Publié dans : Textes courts en proses
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Mardi 22 mai 2012
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06:52
à ma fille Chrystelle qui, ce matin, a 33 ans.
Regarder couler le fleuve
Perdre son image
Dans la brume qui s'élève
Et tenter toujours à naître
Comme un noyé s'épuise au rivage
Bord de Loire - 20 mai 2012
Par Serge Prioul
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Publié dans : Regarder
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Mercredi 16 mai 2012
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04:28
Inéluctablement la feuille s'est senti pousser.
A ce moment l'arbre avait-il pour la feuille
La caresse et le regard de la mère pour l'enfant ?
Qui dira si de la feuille à la racine,
L'arbre, alors, a transmis le message du vent ?
La feuille tombée au pied du tronc
N'est-elle pas le point qui fait l'interrogation ?
Ou bien celle qui de décembre à mars,
Dans l'obstination et la solitude du dernier rameau
Défiera bourrasques et nuées,
Et nos regards
Fascinante
Comme l'éventualité d'une grâce ?
Par Serge Prioul
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Publié dans : Vers libres
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Vendredi 11 mai 2012
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05:31
Seule,
La solitude
Nous souffle les mots du monde.
Pas de rumeur
Seulement, frémissement
D'un grand lac,
Apaisé,
En soi.
Par Serge Prioul
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Publié dans : Vers libres
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Lundi 30 avril 2012
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07:00
D'un coup, bien avant la nuit, la brume tombe.
A peine si je distingue encore la crête fantomatique des vagues. Saisi du plaisir que créé soudain cet isolement
inattendu, je chemine plus lentement.
Je remarque alors qu’une femme, mince, plutôt jeune, cheveux livrés au vent marche à quelque distance de moi.
Est-ce donc l'instabilité des nuages qui fuient à toute volée derrière les dunes, ou seulement l'irrégularité de son pas ? Sa silhouette, tour à tour apparaît puis se perd, étouffée, diluée dans
le brouillard.
Et cette femme, qui tout à l'heure allait, pourtant livrée à mon regard mais qui avait pour moi bien moins
d'intérêt que le ballet des vagues, cette inconnue devient tout à coup comme essentielle. J'oublie la mer, la joie du soir et de la solitude. Plus rien n'existe qu'une curiosité avide qui me
surprend.
J'ai peur de la perdre.
J'accélère le pas dès que la brume à nouveau l'efface, ralentis soulagé lorsqu'une bourrasque lui redonne
vie.
Alors je voudrais qu'elle se retourne, qu'elle ressente aussi cette harmonie de n'être que tous deux, là, sur ce
sentier côtier, avec Dieu et notre marche solitaire pour toute complicité.
Par Serge Prioul
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Publié dans : A l'eau de rose
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